Kruyen, P.M., Van Genugten, M. (2020). Opening up the black box of civil servants’ competencies. Public Management Review, 22(1), pp. 118-40.
Les compétences des employés sont essentielles pour comprendre les performances individuelles. Dans cette publication, les chercheurs explorent dans la pratique les compétences que les fonctionnaires jugent importantes au sein de l’administration. L’équipe de recherche a analysé les résultats d'une vaste enquête exploratoire auprès des fonctionnaires néerlandais. Les répondants ont énuméré 248 compétences nécessaires pour leur emploi actuel et futur. Dans une certaine mesure, ces compétences peuvent être liées à trois régimes de gouvernance, à savoir : l'administration publique traditionnelle basée sur la compétence des fonctionnaires et la conformité légale (p.ex., l’expertise, le respect de la procédure, la connaissance des cadres réglementaire et administratif), le nouveau management public orienté vers les résultats et la gestion de projet (p.ex., l’efficience, la gestion des projets, la gestion des risques, la gestion de programme) ainsi que la nouvelle gouvernance publique centrée sur la collaborations d’un réseau d’acteurs et mettant en avant les compétences sociales (p.ex.la communication, la co-création, la connexion à un réseau). Outre les compétences relatives à ces régimes, d’autres catégories de compétences importantes ont été distinguées : celles relatives à la créativité et celles relatives au développement personnel. Les résultats de l’étude incitent les gestionnaires publics à prendre des décisions informées concernant les compétences des fonctionnaires et ce, afin de faire face aux défis de notre époque.
Définition
Les chercheurs ont défini la notion de compétence au sens large. Pour ceux-ci, une compétence qualifie une aptitude, une capacité ou une attitude liée au travail que les fonctionnaires doivent appliquer pour accomplir efficacement leur mission.
- Près d’un tiers (83 sur 248) des compétences énumérées sont liées à un des trois régimes de gouvernance. Parmi ces compétences, 18 ont été classées comme appartenant à l’administration publique traditionnelle, 20 comme appartenant au nouveau management public et 45 comme appartenant à la nouvelle gouvernance publique.
- Plus de huit répondants sur dix (85,9%) ont identifié des compétences n’étant pas en lien avec l’un des trois régimes de gouvernance. Ainsi 49,9 % des répondants ont identifié une des 20 compétences liées à l’avancement d’un projet, 44,5% ont identifié une des 11 compétences liées à la cognition, 44,4 % ont identifié une des 15 compétences liées à la créativité, 32,6 % ont identifié des 12 compétences liées à la communication et la persuasion, 25,3% ont identifié une des 15 compétences liées au leadership, 20,8 % ont identifié au moins une des six compétences liées à l’intégrité et 17,7% ont mentionné au moins une des sept compétences liées au développement personnel.
- Aucun des répondants n’a mentionné une des compétences numériques à leurs compétences actuelles. Par ailleurs, seuls 38 répondants ont qualifié les compétences numériques comme étant des compétences présentement nécessaires et des compétences requises à l'avenir.
- Les chercheurs sont partis du principe qu'au fil du temps, les gouvernements sont passés progressivement de l'administration publique traditionnelle, à la nouvelle gestion publique et à la nouvelle gouvernance publique. En réalité, cette séquence se concrétise davantage par des arrangements de gouvernance hybrides plutôt que par des régimes de gouvernance purs. Malgré la diffusion des pratiques issues de la nouvelle gouvernance publique, certains comportements provenant de l'administration publique traditionnelle et de la nouvelle gestion publique sont toujours en vigueur.
- Comme les organisations gouvernementales tendent à adhérer aux principes de la nouvelle gouvernance publique, il existe un grand nombre de compétences jugées importantes pour être efficace. Cependant les arrangements de gouvernance hybrides complexifient le quotidien des fonctionnaires (p.ex., être loyal et docile dans l'administration publique traditionnelle par opposition à avoir une orientation externe et être flexible dans la nouvelle gouvernance publique).
- La grande variété de compétences identifiées dans l’étude incite à augmenter la prudence dans l'application des systèmes de gestion des ressources humaines provenant du secteur privé.
- Face au faible nombre de fonctionnaires ayant qualifié les compétences numériques comme étant des compétences présentement nécessaires et des compétences requises à l'avenir, l’équipe de recherche s’interroge sur la place des fonctionnaires dans le développement de l’e-gouvernement. Ainsi, si l’e-gouvernement est un sujet largement étudié, la problématique des compétences requise en la matière par les fonctionnaires n’est pas identifiée explicitement. Ce résultat suggère que des efforts de sensibilisation à l’évolution des métiers devront être entrepris.
- Cette étude est de nature exploratoire. Les chercheurs ont développé un questionnaire avec des questions à réponses ouvertes afin d’inviter les fonctionnaires à partager leurs propres idées.
- L’équipe de recherche a considéré qu'un échantillon de convenance était suffisant. L'enquête a été distribuée parmi les 52 852 abonnés à la liste de diffusion d’un magazine bimensuel destiné aux employés du secteur public néerlandais ayant fait des études supérieures. L’échantillon final était composé de données concernant 2 292 fonctionnaires néerlandais.
- Pour l’analyse des données, les chercheurs ont codé les variations grammaticales de leur racine commune (p.ex., « flexibilité », « être flexible » et « besoin d'être flexible » ont tous été codés comme « flexible »). Ensuite, ils ont regroupé les synonymes en utilisant un dictionnaire de langue néerlandaise. Enfin, les deux chercheurs ont parcouru séparément la liste des compétences. Lorsqu’ils parvenaient à une identification mutuelle d'un lien explicite entre une compétence et un régime de gouvernance, les chercheurs codaient la compétence en tant que telle.
- Les chercheurs ne peuvent pas analyser les schémas de réponse au niveau individuel car les réponses collectées sont trop hétérogènes.
- Les chercheurs peuvent interpréter, sur la base d'arguments théoriques, comment des compétences particulières s'opposent ou se combinent les unes aux autres. Cependant, les chercheurs ne savent pas dans quelle mesure les répondants eux-mêmes vivent cette imbrication ou ce conflit au quotidien.
Il n’y a pas d’information concernant le financement dans l’article.