État des lieux, défis et perspectives des architectures gouvernementales numériques

Baheer, B. A., Lamas, D., Sousa, S. (2020). A Systematic Literature Review on Existing Digital Government Architectures: State-of-the-Art, Challenges, and Prospects. Administrative Sciences, 10(2), 25.

Contexte

L'architecture du système joue un rôle crucial dans l'établissement de l'infrastructure du gouvernement numérique. Cependant, il n'y a pas de consensus sur les concepts de l'architecture nécessaires pour établir une infrastructure du gouvernement numérique. L'objectif principal de cette publication est d'étudier les meilleures pratiques existantes et, ainsi, d'aider les praticiens à établir ou à améliorer la conception de l'infrastructure et des applications existantes ou futures du gouvernement numérique. À cette fin, l’équipe de recherche a entrepris une revue de la littérature relative à l'architecture du gouvernement numérique publiée entre 2003 et 2020. La publication recense les composantes de l'architecture et des principaux paradigmes nécessaires à la mise en œuvre de l'infrastructure du gouvernement numérique. Les résultats de la publication permettent aux praticiens d’obtenir des pistes concrètes pour la formulation d'objectifs tant opérationnels que stratégiques.

Définition

La notion d'architecture d’un système désigne l'approche conceptuelle qui décrit le flux de données, l'arrangement et la relation entre les éléments du système. L'architecture est une partie essentielle de la mise en œuvre du gouvernement numérique. Elle contribue à établir des systèmes conformes aux directives et aux stratégies du gouvernement numérique. En outre, elle garantit que le gouvernement numérique soit conçu adéquatement et qu'il offre l’utilité souhaitée.

La publication présente trois modèles de gouvernement numérique, à savoir :

  • Le modèle qualifiant les interactions entre le gouvernement et d’autres agences publiques ou autres gouvernements (G2G),
  • Le modèle qualifiant les interactions entre le gouvernement et les citoyens (G2C),
  • Le modèle qualifiant les interactions entre le gouvernement et les entreprises et les commerces (G2B).
Résultats
  • La publication synthétise les similitudes, les différences, les défis et les composants essentiels des architectures de l'administration numérique afin de déterminer les facteurs essentiels à la réussite de l'infrastructure technologique de l'administration numérique.
  • En ce qui concerne le modèle de gouvernement numérique, la plupart des architectures mettent en œuvre les modèles G2G et G2C. Seules sept architectures sur vingt-huit prennent en charge le modèle G2B.
  • En considérant les aspects technologiques des architectures examinées, la majorité des architectures utilisent des technologies basées sur XML et des services Web. Toutefois, les services Web présentent de nombreuses limites, à savoir : la gestion des transactions, la composition des services, l'évolutivité, la fiabilité et la robustesse. Dans cette optique, la technologie multi-agent et le langage OWL-S (Web Ontology Language for Services) peuvent être utilisés avec les services Web pour pallier les insuffisances de ces derniers.
  • Plusieurs publications ont mis l'accent sur la notion d’« architectures en couches » pour souligner la séparation entre les composantes du gouvernement numérique telles que la couche d'accès, la couche de données, la couche d'administration électronique, la couche de commerce électronique et l'infrastructure.
  • Plusieurs études ont été réalisées sur les architectures basées sur l’informatique en nuage. L'informatique en nuage permet d'atteindre l'interopérabilité et l'orientation client en recevant tous les services publics numériques en un seul endroit grâce à des ressources d'infrastructure informatique partagées.
  • Des recherches récentes suggèrent que l'architecture basée sur une SOA (Service Oriented Architecture) est plus appropriée pour le gouvernement numérique. Dans les faits, 57% des architectures sont basées sur SOA.
  • Un ensemble de caractéristiques communes des architectures de gouvernement numérique a été identifié pour l'évaluation des architectures de gouvernement numérique :
    • Interopérabilité et intégration entre les données et les applications et avec divers systèmes d'information,
    • Sécurisation du matériel et des logiciels,
    • Flexibilité par rapport aux éléments techniques, socio-économiques, juridiques et/ou politiques,
    • Intégration des processus d'affaires et des technologies,
    • Réemploi possible des composants pour d’autres systèmes,
    • Compatibilité avec l'infrastructure déjà existante,
    • Présence d'une interface unique pour l’ensemble des services électroniques offerts,
    • Traçabilité des opérations du système réalisables par des utilisateurs spécifiques,
    • Facilité d'utilisation,
    • Évolutivité pour accueillir de nouveaux services numériques,
    • Conformité aux législations en vigueur,
    • Équilibre entre les ressources utilisées et les résultats produits,
    • Neutralité technologique,
    • Indépendance de la plateforme,
    • Clarté de la structure d’architecture,
    • Système centré sur le citoyen.

 

Messages clés pour la politique et la pratique
  • Les organisations publiques du monde entier utilisent différentes formes d'architectures d'administration numérique.
  • L'analyse et la comparaison de la maturité de ces architectures sont des tâches difficiles, car elles diffèrent en termes de portée, de spécifications et de complexité.
  • La recherche a étudié 28 formes d'architecture et a identifié les caractéristiques d'architecture communes. Les caractéristiques d'architecture identifiées peuvent être utilisées lors de la mise en œuvre de leur infrastructure de gouvernement numérique.
  • Les architectures orientées vers les citoyens (G2C), les entreprises (G2B) et les architectures multi-agents (G2G) deviennent les paradigmes les plus importants pour la construction de systèmes de gouvernement numérique.
Méthode et limites de la recherche
  • La publication est une revue systématique de la littérature. Trois chercheurs ont évalué de manière indépendante les articles collectés. Pour garantir la validité des résultats, la publication a été revue par un expert indépendant de la Commission européenne sur le sujet.
  • Pour la collecte des données, l’équipe de recherche a identifié des articles figurant dans la liste des principaux journaux et actes de conférence à l’aide de mots-clés. Au terme du processus de tri, 103 articles ont été pris en compte.
  • La synthèse des données a été réalisée par des processus automatiques et manuels. Un outil d'analyse de données qualitatives a été utilisé.  Le codage des articles collectés a porté sur l’identification des thèmes, des sujets et des théories.
  • Cette publication comporte plusieurs limites :
    • Les résultats de la revue systématique sont basés exclusivement sur des articles publiés dans des revues scientifiques.
    • Les aspects socio-économiques, juridiques, politiques et organisationnels du gouvernement numérique n’ont pas été pris en compte.
    • Le nombre de composants identifiés dans l’étude est limité.
    • Depuis la fin de la collecte des données (2019), d’autres développements peuvent avoir été entrepris.
    • La littérature relative à l'architecture et l'infrastructure du gouvernement numérique au sein des pays les moins développés est moins abondante.
Financement de la recherche

Cette recherche n'a reçu aucun financement externe.